Le nom de lieu de Bréal-sous-Montfort

Partie II : Explications étymologiques

Le nom de lieu de Bréal-sous-Montfort. Partie II : Explications étymologiques © 2025 by Fritz Jesse est licencié sous CC BY-NC-SA 4.0.
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Dernière mise à jour : 10 décembre 2025

Sommaire de la partie II

Bréal dans les études de toponymie et les dictionnaires

Bréal n’apparaît pas dans les grands dictionnaires toponymiques « classiques » comme ceux d’Auguste Longnon (1923)et d’Auguste Vincent (1937), ni dans les près de 1500 Chroniques de Toponymie de Guy Souillet qu’il a tenu dans les années 1950. Les trois auteurs ont cependant tous traité les toponymes Breil et Breuil, que certains considèrent aujourd’hui comme homologues du nom de Bréal, partageant la même origine, *brogilo.

La discussion sur les origines linguistiques du nom de Bréal est pourtant documentée depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Une première trace se trouve chez le prêtre et historien Gilles Deric en 1778 et en 1847, suivi en 1862 par Pol Potier de Courcy dans une étude sur les noms de famille dérivés de noms de lieux. Le juge et historien local Joseph de Trémaudan (1872) ainsi que le militant breton, écrivain et journaliste François Jaffrenou, Taldir, (1934) tentaient une analyse sur la base des langues celtique et bretonne.

L’explication aujourd’hui la plus répandue est celle des linguistes universitaires Albert Dauzat et de Charles Rostaing (1963), qui présentent le toponyme Bréal comme la fixation d’un nom commun, breuil, mot issu du gaulois brogilo (latinisé en brogilum). Ils émettent cependant des réserves à leur explication sous forme d’un point d’interrogation sans autre explication.

Ces deux auteurs sont néanmoins suivis par le spécialiste des langues dites celtiques Hervé Abalain (2000) ou par le géographe Roger Brunet (2016), La linguiste Marie-Thèrese Morlet, dans un ouvrage de 1997 qui reprend et augmente un travail d’Albert Dauzat, rapproche les noms de famille Bréal, Bréau et Breault issus de noms de localité également comme variantes de Breuil.

Mais d’autres hypothèses existent. Le professeur de la langue et de la littérature française Ernest Nègre (1991) avance l’hypothèse que Bréal s’expliquerait par un nom de personne germanique utilisé dans la Gaule du VIe au XIIe siècle Blidaldus.

Les philologues et linguistes bretonnants spécialisés dans la toponymie de Bretagne mentionnent parfois le nom de Bréal sans en préciser l’étymologie. Ainsi Joseph Loth (1847-1934) le compte parmi les noms « anciens » et d’« évolution romane et française » ; Erwan Vallerie (1944-2022) qualifie ce nom d’origine gauloise et pré-breton, sans la moindre trace d’une influence bretonne sur son évolution ; Jean-Yves Le Moing (né en 1950) voit surtout apparaître « quelques difficultés » avec des mots comme Bréal. Erwan Vallerie consacre quelques passages au nom de Bréal pour y discuter une possible « évolution dialectale spécifique du roman d’Armorique » de ce toponyme. Il exprime dans ce contexte une réserve indirecte à l’hypothèse que Bréal soit dérivéde brogilo/breuil.

Ces auteurs, Ernest Nègre, Albert Dauzat et Charles Rostaing, Hervé Abalain et Erwan Vallerie ou Jean-Yves Le Moing, comme les auteurs qui les précèdent, ont en commun de traiter les deux Bréal (sous‑Montfort, sous‑Vitré) comme le même toponyme partageant une étymologie commune, avec le même sens…

Bréal, un nom composé de Bré- et -al ?

Le Bulletin paroissial de Bréal en 1910 présentait plusieurs explications du nom de Bréal. L’une d’elles voyait ce nom comme un composé de Bré- et -al en donnant au premier élément le sens de « pays », inspiré probablement du mot breton bro, au deuxième le sens d’« étranger ». Le BéalMag du mois de juin 2017 proposait : « La première hypothèse, la plus simple, serait que le préfixe « Bré » voulant dire « montagne » donnerait la situation la plus haute du bourg par rapport à la vallée du Meu ». Les points communs étaient de considérer le nom de Bréal comme un mot composé de deux éléments, puis comme un mot gaulois ou breton. Or, c’est aussi le cas des premières études concernant le nom de Bréal qui ont été publiées entre la fin du XVIIIe siècle et 1934. Elles expliquent ce nom comme une forme composée de deux éléments, de bré- et de -al.

Bré‑ « mont » et la topographie de Bréal

Cette première hypothèse présentée dans le bulletin municipalBréalMagen juin 2017 procède par une approche linguistique, qui cherche l’origine du nom de Bréal dans la langue gauloise, bretonne et dans son environnement topographique, Bréal viendrait de Bré- « colline » ou « hauteur ». Il est possible que l’un des auteurs qui ont basé leur interprétation du nom de Bréal sur cette idée a inspiré l’auteur du BréalMag.

Bré‑ suivi d’un déterminant ‑al
Gilles Deric (1726-1796 ou 1800)

Une première tentative d’explication remonte au dernier quart du XVIIIe siècle et est due au prieur de Notre-Dame-de-Fougères, puis grand vicaire de l’évêque de Dol, Gilles Deric. Dans son Histoire ecclésiastique de Bretagne, dans les pages consacrées au VIIe siècle, cet auteur attribue au nom de Bréal la signification « lieu qui domine une rivière » de bre‑ « hauteur, éminence » et ‑al « rivière », ici le Men (le Meu) qui borde la commune au nord et à l’est. Le Men, dont la source se situe dans la commune de Saint-Vran dans le Mené (Côtes-d’Armor), portait aussi le nom de Flusel, mot composé de flus « rivière » et le diminutif ‑el.

Cet auteur attribue le sens « rivière » à un grand nombre de finales et de mots, comme au ‑e du château de la Muce-Baulon, au -a final du nom d’une mystérieuse forêt appelée Pacata près de Gaël, au -o d’une mystérieuse rivière au nom de Modo (Modonem etModani sont des formes anciennes de Meu), au -el de Muel (nom d’une commune mais aussi ancien nom du cours supérieur du Meu) ou au –i de Saint-Malo-de-Fili. Le Rheu aussi voudrait dire « rivière » selon lui du fait de son « voisinage » avec le Men (le Meu), distant de 5 kms tout de même, et de 3 kms des rives de la Vilaine… Gilles Deric donne ces explications dans un chapitre concernant l’histoire du VIIe siècle, c’est-à-dire à une période qui précède de cinq siècles le premier témoin écrit du nom de Bréal. La justification se trouve dans l’« Avertissement » de son ouvrage, quand il écrit que « les noms […] de nos premières villes […] sont encore de nos jours […] tels, à peu près, qu’ils étaient dans leur origine ».

Le travail de Gilles Deric a été appréciée de façon critique, notamment en ce qui concerne ses études étymologiques des noms de lieux. Même l’auteur de la « Notice » insérée au début du Tome Premier de l’édition de 1847, lui reproche « ses étymologies dont la postérité ne veut plus », qu’« il se laissait prendre à tout ce qui en [de la langue bretonne] avait l’accent », mais il l’excuse, car Gilles Deric « avait cru, comme tant d’autres, de trouver la langue des Celtes dan Bullet, et Bullet l’a trompé ». Le Bourgignon Jean-Baptiste Bullet (1699-1771) était l’auteur d’une Mémoire sur la langue celtique, dont la valeur scientifique douteuse est confirmé par des chercheurs actuels. L’éditeur de l’ouvrage de Gilles Déric cite aussi une remarque vigoureusement critique à propos de « sa manie » de se servir des langues « celtiques » pour l’étymologie des noms de lieux. Ainsi, il utilise breton, qu’il « ne savait pas » ou le celte « sur la parole d’autrui », si bien qu’il « voit par exemple le mot rivière dans la composition de presque tous les mots ». Un des premiers grands spécialistes de l’étude des noms de lieux, Auguste Lognon, reprochait en 1889 à la méthode de Jean-Baptiste Bullet de dépecer les noms de lieux en syllabes, sans se douter que chacun d’eux a pu subir des altérations parfois graves au cours des siècles. Le philologue ajoute que cet auteur attribuait ensuite une signification à partir d’« une prétendue langage celtique » qui était encore très mal connue du vivant de Jean-Baptiste Bullet et donc de Gilles Deric. Ce dépeçage du nom de Bréal en deux morceaux trouve donc probablement sa justification dans cette méthode reprochée à Jean-Baptiste Bullet, et a inauguré une tradition qui se poursuit dans ce cas jusqu’au XXe siècle, comme on verra par la suite.

Ce qu’il faudrait rappeler ici, c’est que Gilles Deric écrit dans un contexte d’une théorie qui s’est développée en France et en Europe depuis la fin de la Renaissance. Le chercheur au CNRS et archéologue, Jean-louis Brunaux en analyse l’émergence : Alors qu’il n’a jamais été question d’une langue « celtique » commune aux Celtes le l’Antiquité, dont on ne connaît aucune trace, il se développait au cours du XVIIe siècle et après la théorie de l’existence de langues celtiques modernes, héritiers via la langue gauloise de ces langues de l’Antiquité. Cette théorie est liée à une autre, celle de l’existence d’une ancienne langue indo-européenne, dont la plupart des langues européennes seraient issues. De la même manière, les Celtes de l’Antiquité, puis les Gaulois auraient été les descendants de Noé, la langue celtique serait donc rattachée à une langue-mère biblique.

C’est aussi ce que semble penser Gilles Deric, quand il affirme à maintes reprises une parenté invraisemblable entre des mots de l’hébreu (de la Bible)et les langues contemporaines, notamment bretons, gallois etc. C’est-ce qui lui valait alors les remarques de l’auteur en 1821 d’une Histoire de la langue des Gaulois et par suite de celle des Bretons, Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet, selon qui Gilles Deric faisait penser qu’« Adam parlait bas-breton ».

Pol Potier de Courcy (1814 ou 1815-1891) et Adolphe Orain (1834-1918)

En 1862, l’érudit Pol Potier de Courcy écrit dans la 2e édition de son Nobiliaire et armorial de Bretagne que les variétés des patronymes qui se sont développés à partir du XIe siècle comme surnoms, d’abord dans la noblesse, ensuite chez les roturiers, se répartissent en cinq classes, dont la première contient les noms de lieux. Dans cette classe, il présente une centaine de radicaux exclusivement bretons tels que Bot, Bran, Coat, Traon auxquels il associe chaque fois une série de noms de lieux devenus noms de familles, comme Botloré, Brandérion, Coatmeur, Traongall etc. qui sont tous des mots composés. Les autres classes ont été établies, non pas sur la base d’une structure grammaticale (préfixe + déterminant) comme la première, mais en fonction de la signification qu’avaient les mots avant de devenir noms de familles : anciens noms de personne, fonctions et professions, qualités et animaux, d’autres appellatifs du lexique et des sobriquets.

Ces noms ont été extraits d’ouvrages ayant trait aux familles nobles de Bretagne, et sont majoritairement issus de la langue bretonne. Une famille Bréal, seigneurs du Perray avec des fiefs à Melesse, Cintré et Saint-Symphorien est citée dans le Tome Premier du Nobiliaire. Une ordonnance autorisait Jean Bréal du Perray en 1668 de se nommer de Bréal, la famille fut anoblie en 1669. D’autres Bréal, nobles ou pas, sont cités au XVIIe et XVIIIe siècles en Haute-Bretagne. Une rapide étude sur le site généalogique FILAE, montre la présence la forte forte de ce nom de famille en Ille-et-Vilaine et les départements voisins, mais ce nom est diffusé dans l’ensemble de la France.

Dans la classe Noms de familles tirés de noms de lieux, après le préfixe Bran et sa variante Bré, identifiés comme d’origine galloise avec le sens latin de « mons, collis », l’auteur place aussi le nom de Bréal avec Brécé, Brech, Brénélevez, Brennilis etc. Il lui semble apparemment évident que Bréal soit un composé, mais il n’explique pas, comme pour le reste de la série de ce radical, le sens du deuxième élément, -al pour Bréal. Pour les autres séries, les noms bretons sont systématiquement traduits ou associés à leur équivalent français (p. ex. Aot « rivage », la Rive, du Rivage ; Dor « porte », Delporte, Desportes ; etc.). L’auteur ne précise pas s’il est bretonnant, mais dans sa bibliographie ne figure aucun dictionnaire du breton ou autre ouvrage traitant de cette langue.

Pour l’auteur de la Géographie pittoresque du département d’Ille-et-Vilaine (1882), Adolphe Orain, le Bréal du Canton de Plélan signifie tout simplement « le mont ». Mais aucune explication du nom est fournie pour le Bréal du Canton de Vitré. L’ouvrage ne possède pas de bibliographie et l’auteur ne s’exprime pas ailleurs sur ses sources et sa méthode. L’auteur a dû emprunter son explication dans un autre ouvrage, ou bien elle était peut-être déjà admis comme un fait établi et connu.

De toute façon, il s’agit ici d’un guide touristique (l’auteur avait déjà publié le Guide du voyageur dans Rennes et ses environs en 1866, réédité deux fois), et l’intérêt de le citer ici réside plutôt dans le fait que ce type de publications a pu connaître une diffusion importante à une époque où le tourisme se développait en Haute Bretagne, notamment avec l’arrivée du chemin de fer à Rennes en 1857. Une édition avec le titre Petite Géographie pittoresque du département d’Ille-et-Vilaine, pour servir de guide aux voyageurs dans Rennes et le département (1884). En 1982 et en 1993, l’ouvrage de 1882 est à nouveau édité en fac-similé.

Joseph de Trémaudan (1846-19..)

Avec Joseph de Trémaudan juge à Paimboeuf, situé sur la rive sud de l’estuaire de la Loire, et historien local, nous rencontrons un auteur qui aborde l’explication des noms de lieux avec un parti pris bien affirmé. En 1878, il fait publier un petit ouvrage de 67 pages, Études celto-bretonnes. Communes et rivières (Ille-et-Vilaine). Etymologies et observations étymologiques établissant l’existence, au XIIe siècle, de la langue celto-bretonne en Haute-Bretagne.

D’après cet auteur, le sens et l’origine toponymes dans l’ensemble de la Bretagne, voire en France peuvent être élucidés par le recours à « environ soixante-cinq radicaux celtiques », à l’exception des lieux qui doivent leur « appellation au vocable d’un saint ». Il récuse l’idée que pendant la période de la Gaule romaine le latin était une « langue vulgairement parlée », donc celle du peuple. Il affirme que le « celto-breton » était la langue parlée encore au XIIe siècle, voire à « l’aurore du XIIIe siècle » sur le territoire de l’actuel département d’Ille-et-Vilaine (formé avec des parties des anciens diocèses de Rennes, Dol, Saint-Malo et Vannes). En conséquence, les noms des lieux dans cette partie de la Bretagne ne peuvent en aucun cas être expliqués par le latin ou le français. En tant que « celtoman », il s’oppose vigoureusement aux « philolatins » qui seraient « celtovores » et « extincteurs de la langue de Vercingétorix ».

L’auteur explique sa méthode en commençant par dire qu’il « ignore les travaux ayant pour objet l’étude étymologique des noms de lieux ». Il est convaincu de leur inutilité car leurs auteurs ne tiendraient compte que des origines dans les langues classiques. Joseph de Trémaudan, pense au contraire que les toponymes en Ille-et-Vilaine peuvent tous s’expliquer par le recours à « soixante-cinq radicaux celtiques » qu’il a découvert après « maintes tâtonnements » ainsi que par le principe que ces toponymes soient tous inspirés par la topographie (relief, nature du sol, rivières etc.) où les aménagements humains (clôture, logis etc.) à l’exception bien sûr des noms issus du vocable d’un saint.

Bréal est donc d’après lui formé sur le déterminé Bré‑ avec le sens de « montagne », suivi de la terminaison déterminante ‑al, qu’il interprète comme une terminaison déterminante, sans en donner le sens. Il interprète d’ailleurs le nom Breil également comme une forme issue de Bre, sauf qu’il ne dit mot de sa partie terminale. Sans sa démarche exclusivement « celto-bretonne », l’auteur aurait pu prendre connaissance, par exemple, de l’étude des noms de famille, dont l’origine est un nom de lieu, par Pol Potier de Courcy dans son Nobiliaire et armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy qui a connu un certain succès. Pour ce dernier en tout cas, le lien entre Breil et Breuil, l’équivalence avec le breton Coat ou Coët ainsi que leur sens « petit bois » était déjà connu. L’origine gauloise ou « celtique » de ce mot n’était peut-être pas encore connu. Le rapport entre Bréal et Breil nous occupera plus loin dans cet article.

Joseph de Trémaudan attribue cette étymologie au reste aux deux Bréal, y compris à celui situé à l’est de Vitré à la limite de la Mayenne, ce qui est logique dans son système d’interprétation.

François Jaffrenou, Taldir (1879-1956)

Nous nous arrêtons un peu plus longtemps sur cet auteur. Car c’était un personnage pétri de la langue et la culture bretonnes, en contact avec d’éminents savants et écrivains qui l’étaient autant. Quand il a rédigé son ouvrage, la toponymie avait déjà fait de grands pas en avant, des ouvrages et des dictionnaires au sujet des toponymes français et bretons étaient parus, la méthodologie scientifique était consolidée. On peut donc analyser son interprétation du nom de Bréal, non seulement à partir des connaissances d’aujourd’hui, mais aussi à partir de celles qui lui étaient contemporaines.

François Jaffrenou était une « figure emblématique quoique fort discutable du premier mouvement breton avant 1914 », « barde-héraut », plus tard Grand Druide du Gorsedd, écrivain, poète, journaliste, éditeur de revues, qui soutient en 1913 la première thèse de doctorat rédigée en breton. Il se compromettait pendant l’Occupation (1940-1944) par des propos antisémites et en se rapprochant du maréchal Philippe Pétain. La dénonciation de « l’existence ou des agissements de mouvements de résistance » auprès des autorités de Vichy lui valaient une condamnation et le bannissement de la Bretagne après la guerre. Il était aussi l’auteur en 1900 de l’adaptation d’un chant du Pays de Galles sous le titre de Bro Gozh ma zadoù (Le vieux pays de nos pères) consacré l’hymne officielle de la Région Bretagne en 2021.

En 1934, il publia La clef des noms principalement consacré aux noms de personnes. François Jaffrenou avait en réalité répondu à une demande du quotidien L’Ouest-Eclair. Il était de longue date un ami intime de son fondateur, et à ce moment correspond du journal pour le Poher (région de Carhaix). L’initiative pour cette enquête « sur la signification des noms propres de l’Ouest de la France » venait de « plus de 4.000 demandes de lecteurs [de ce quotidien], soucieux de connaître le sens caché de leur patronyme ». Le journal insiste aussi sur la popularité de cette « science des noms » qui n’a pas encore révélé « tous ses secrets.

Un quart des pages sont réservées aux noms de lieux, nous pouvons y lire ceci au sujet du nom de Bréal :

BREAL. – Deux localités du nom de Bréal, l’une au sud de Rennes, sur la route de Ploërmel ; l’autre à la limite même de la Bretagne, jouxtant la Mayenne. Nous proposons, étant donné le peuplement des Marches par les Celto-Bretons sous le règne de Noménoé, l’étymologieBré-C’hall, le Mont Gall, le Mont Français. D’ailleurs les territoires de ces 2 communes sont sur des hauteurs.

Cette présentation a l’allure scientifique. L’auteur y donne quelques informations d’ordre géographique, topographique et historique qui ressemblent à des faits objectifs – à première vue. Il utilise le terme « étymologie » (l’origine, évolution et signification d’un mot) pour désigner Bré-C’hall comme nom dont serait issu Bréal.

Regardons de plus près ces informations. Au sud de Rennes, on chercherait plutôt Chartres de Bretagne ou Bruz, Bréal se situe plutôt à l’ouest, enfin à l’ouest-sud-ouest de la capitale bretonne. C’est un détail. Mais ce qui nous est présenté comme un fait historique, « le peuplement des Marches par les Celto-Bretons sous le règne de Noménoé » n’en est pas un. Car, Noménoé, Noménoë ou Nominoë, au moment où un éventuel « peuplement des Marches » devint possible… était déjà décédé.

Les Marches – ou la marche de Bretagne (Marca britannica) – formaient depuis au moins 778 un territoire composé des comtés de Vannes, Nantes et de Rennes instaurés par les Francs afin de pouvoir contrôler les Bretons. En 831, le prince breton Nominoé eut été nommé comte de Vannes par l’empereur Louis le Pieux qui fit de lui aussi son « envoyé » ou représentant en Bretagne (missus imperatoris). Mais en 850, Nominoë retourna les armes contre le successeur de Louis, Charles le Chauve. Nominoë mourut subitement en mars 851, et c’était son fils Erispoë, qui emporta la bataille de Jengland au nord de Nantes contre les Francs. A la suite de sa défaite, l’empereur lui céda les comtés de Rennes et de Nantes, ainsi que le pays de Retz au sud de la Loire.

Qu’à la suite de cette conquête, les territoires à l’est du Meu et de la Vilaine aient été « peuplé […] par des Bretons bretonnants » paraît très douteux, d’après l’historien faisant encore autorité en 1934, Arthur Le Moyne de la Borderie (1827-1901) et encore plus selon l’historiographie de nos jours. Un intime connaisseur de la Bretagne et de son histoire comme François Jaffrenou en aurait pu ou dû être au fait.

L’historien La Borderie n’aborde à aucun moment dans le Volume II (753-995) de son Histoire la question d’un peuplement consécutif aux conquêtes de 851 qui aurait pu produire la bretonnisation notamment de l’ancien comté de Rennes, où se situait le territoire du futur Bréal-sous-Vitré. Celui du futur Bréal-sous-Montfort, se trouvait de toute façon à l’intérieur, quoique à la limite orientale du territoire dominé par les Bretons avant 851 (voir le Chapitre 3.3 de la Partie I).

C’est seulement pour une période plus tardive, le XIe siècle, traité dans le Volume III (995-1364), que l’historien a cherché à démontrer par quels moyens les élites bretonnes tentaient de consolider l’union politique et culturelle des deux parties, Basse Bretagne bretonnante et Haute Bretagne gallésante. Alors que La Borderie fait l’hypothèse d’un brassage des deux populations, il restreint ce qu’il appelle « bretonisation » au développement d’un « sentiment breton » et de « l’amour de la patrie bretonne », mais il en exclue la langue, qui non seulement ne se répandit pas vers l’est, mais au contraire recula vers l’ouest pour rester « conservée dans la région occidentale ». En ce qui concerne Bréal-sous-Montfort, rappelons que l’influence bretonne, dans cette zone orientale du territoire breton du IXe siècle et avant, était plus incertaine, plus faible qu’à l’Ouest.

De nos jours, un historien admet que quelques « Bretons de souche […] ont reçu [dans les nouveaux territoires] des postes de confiance, mais ailleurs demeurent en place des nobles d’origine gallo-franque ». L’idée d’une expansion de la langue bretonne vers l’est est récusée à nouveau à la lumière des recherches plus récentes. Au contraire, on pense que l’acculturation des Bretons au monde franc était déjà en cours du vivant de Nominoé, au même moment où les liens avec les Bretons de l’île se distendaient.

L’argument historique de François Jaffrenou n’était donc pas recevable au moment où il écrivait, et encore moins aujourd’hui.

En dehors de l’interprétation erronée de cet évènement historique, on peut faire une deuxième objection à l’auteur des Clefs des noms. Il déduit de la présence de Bretons à un moment dans l’histoire que le nom de Bréal soit breton, alors que personne ne sait quand ce nom a été formé. Aucune attestation de Bréal ne remonte aux IXe, Xe et XIe siècles.

Or, quand La clef des noms apparaît, la topomastique, la science des noms de lieux, est déjà suffisamment développée pour que cet auteur pût en connaître ses méthodes. Voici comment Auguste Longnon les précise :

La seule méthode véritablement scientifique consiste à rechercher les formes anciennes de chacun de ces noms, ou, à leur défaut, les formes anciennes sous lesquelles les anciens documents désignent quelque localité homonyme, et l’on part de là pour en déterminer le sens, à l’aide des langues successivement parlées par nos ancêtres. Parfois, c’est l’étude comparée de tous les noms de lieu d’une région, aujourd’hui française, qui permet d’arriver à l’étymologie d’une série importante de vocables géographiques. Les progrès accomplis depuis un demi-siècle dans les études de philologie en général, et de philologie celtique en particulier, ne sont pas sans utilité pour ce genre d’études.

François Jaffrennou, dans le cas de Bréal, ne respecte pas ces règles. Il ne cite aucune attestation connue, même pas celles de Bréal-sous-Vitré, Braëllo ou Brallo qui se trouvaient dans des publications qu’il cite lui même au sujet d’autres lieux, celles de Dom Morice et d’Ogée/Marteville. D’autres ouvrages de renommée étaient disponibles également. Puis, il ne tient pas compte d’un autre principe, à savoir que les noms de lieux ont pu subir l’influence « des langues successivement parlées par nos ancêtres », donc,dans le cas de Bréal-sous-Montfort, le gaulois, le breton, le gallo.

Cependant, on retrouve dans son procédé un écho des prescriptions méthodologiques d’Auguste Longnon. Car, non seulement dans le cas de Bréal, mais aussi dans d’autres, François Jaffrenou cherche non seulement des « localités homonymes », mais aussi de simples mots homonymes. Cependant, de leur prononciation identique ou presque, il déduit sans autre preuve l’identité du sens. Ainsi -al aurait le même sens que -c’hall. Le morbihannais Baden s’expliquerait alors comme l’allemand Baden-Baden, ce dernier vient en effet de l’allemand Bad « bain ». Quand Auguste Lognon évoque « l’étude comparée de tous les noms de lieu d’une région », il pense à une zone caractérisée par une même langue, le français, le breton etc. Pour Alfred Dauzat, le sens du Baden breton est « obscur », pour les toponymistes bretons ce serait un nom de personne ou, éventuellement, issu du gallois bad « bateau, embarcation ». Dans le nom d’Abbaretz au nord de Nantes, il voie alternativement une abbattia « abbaye », le peuple centre-asiatique des Abares (Avars) ou encore une ville égyptienne de l’Antiquité, Abaris. Selon la même logique, Goven serait le lieu des forgerons, breton gov. Le nom de Mordelles, alors que François Jaffrenou précise son évolution française, serait à l’origine de noms de personne ou bien gallois Mordel ou bien Trécorrois Mordellès.

Dans l’introduction « Comment appelez-vous ? » qui concerne exclusivement le thème des noms de famille, François Jaffrenou rappelle les difficultés que l’étude des noms de famille peut rencontrer. Mais, il s’y montre aussi conscient de l’imperfection de son travail et finit avec la sentence « La science, en effet, n’a jamais dit son dernier mot ».

Bréal sur une colline ?

Nous avons vu, que l’interprétation de la terminaison -al de Bréal pose des problèmes. Mais il faudrait aussi se demander si l’association de Bré- à « colline, hauteur » est pertinente dans le cas des deux Bréal.

Le relief à Bréal-sous-Montfort

En ce qui concerne la situation topographique de Bréal-sous-Montfort, on peut observer que cette commune se situe certes en, hauteur par rapport au Meu, mais pas vraiment sur une colline, plutôt à mi-hauteur sur le versant nord d’une avancée de ce qu’on appelle les collines de Guichen qui, sur le plan géologique, font partie des Synclinaux du Sud de Rennes. La partie où se trouve le bourg est délimité à l’ouest et à l’est par des vallées de ruisseaux qui se jettent dans le Meu, dont la plaine humide constitue en partie le territoire bréalais au nord. Après, il s’agit peut-être d’un point de vue, à savoir de l’endroit d’où l’on aperçoit cette commune.

L’impression de traverser une colline se produit pour le voyageur qui, de préférence à pied ou à vélo, vient sur la route de Bruz depuis Launay-Hamet et monte au bourg. Au-delà de l’agglomération, le terrain descend doucement jusqu’au ruisseau du Rohuel, près de la Mottière. Mais, celui qui vient du Meu, suit par exemple la voie verte sur l’ancien tracé du tramway en montant une pente sensible. Au bourg, il arrive à la place de Saint-Malo, qui n’est cependant pas le point le plus élevé avec entre 53 et 56 m d’altitude, car à 150 m de là on arrive à la place de la Madeleine perchée à 60 m, là où se situait depuis le XIIe siècle le prieuré et la léproserie. En sortant du bourg vers le sud, on trouve Goven à 100 m et Saint-Thurial à 75 m.

Profils altimétriques ouest-est et nord-sud créés avec les outils de IGN-Géoportail

On reconnaît des collines ou au moins des mamelons plutôt en passant près des hauteurs à proximité de La Bouëxière dont le sommet est à 61 mètres, puis de celui de La Vigne à 76 mètres. On continue avec le sommet au nord des Hautes-Barres à 71 mètres et enfin celui à l’est de la ferme d’Etignac qui se distingue nettement dans le paysage depuis la voie verte avec ces 41 mètres. Ajoutons, que le bourg de Goven est à plus de 100 mètres d’altitude et qu’on perçoit sans difficultés depuis ce lieu à travers la plaine, et même à partir des Hautes-Barres l’église de Talensac perchée à 75 mètres.

A la différence de Bréal-sous-Montfort, le bourg de Bréal-sous-Vitré est placé à une altitude de plus de 150 m. « Ce territoire est plus élevé que ceux qui le joignent » écrit J. Ogée, les communes voisines se situant à 120 à 130 m d’altitude.

Vue sur Bréal depuis la rue du Caffort (Goven). Un peu plus à l’ouest se situe le château de la Hairie. A son sujet, Jean Ogée écrit en 1779 : « C’est un très-beau point-de vue de la cour & des fenêtres, on distingue Rennes, qui en est à quatre lieues de distance, & du côté du Nord, la vue s’étend à plus de dix lieues. » Ogée, J. (Vol. II), p. 143.
Le nom de Bréal peut-il être formé avec Bré‑ ?

L’hypothèse que Bréal soit formé comme un mot composé, dont la première partie, le préfixe serait bré « colline » et une terminaison -al est partagée par tous ces auteurs.

Il peuvent avoir été inspirés par le présence des nombreux toponymes dans les deux zones linguistiques de la Bretagne, bretonnante et gallésante, qui débutent effectivement par bré ou bren. Souvent, il paraît probable, voire sûr que ces préfixes signifient « colline », « hauteur » etc. : Bréhuel [bré + uhel] « colline haute » à Douarnenez, Brélès (Finistère), [bré + lez] « colline de la cour (du seigneur) », Brélevenez (Finistère) et Merlevenez (Morbihan, Brelevenez en 1385) « Montjoie », Brennilis (Finistère) [bren + iliz] « colline de l’église », peut-être Brest (Finistère) formé avec la finale –st qui pourrait être analysé par analogie comme Anast, l’ancien nom de Maure-de-Bretagne formé avec le mot gaulois ana « marais » et la terminaison -st. Ce type de nom est présent aussi dans le reste de l’ancienne Gaule. La villégiature du président de la République s’appelle Brégançon (Bormes-les-Mimosas, Var), ou, avec la variante bri-,on connaît Briançon dans les Hautes-Alpes. Mais des incertitudes existent également comme dans le cas du nom de Brec’h (Morbihan) interprété tantôt comme « colline boisée » (de bré koadaeg ?) parce que le lieu est sur une hauteur, tantôt comme « bras d’une rivière » (de brec’h « bras ») à cause de sa situation près de la rivière Loc’h qui s’élargit à cet endroit.

D’après le chercheur en langues bretonnes et celtiques, Jean-Marie Ploneis, les préfixes bretons bré et bran/bren/bran ont la signification « colline, hauteur, sommet ». Il s’agit d’ancien mots du vocabulaire usuel, mais elles en ont disparu et ne survivent que dans des toponymes. La preuve de cet oubli dans la langue quotidienne est le nom tautologique Mené Bré « colline colline » dans les Côtes d’Armor, mené ou menez étant le mot breton qui a remplacé bren en Basse-Bretagne. Selon Jean-Yves Le Moing, les noms formés avec bré sont plus fréquents en Haute-Bretagne, alors qu’on rencontre bran/bren/brin plutôt en Basse-Bretagne. Avec la restriction cependant qu’en Haute-Bretagne le n présent dans les noms primitifs a peut-être disparu.

Associer le nom de Bréal à ce type de toponymes ne manque pas d’une certaine plausibilité. Une des questions qui restent cependant en suspens est de savoir quand la forme primitive du nom est apparu. C’est elle qui permettrait de reconnaître le ou les mots qui l’ont composé ainsi que leur sens. Si l’ancêtre du nom de Bréal avait été formé avec Bré (où avec une forme antécédente), cela aurait dû se produire à une époque où le sens de ce mot était encore compris. Le village de Bernéan en Campénéac par exemple est attesté comme Bron Ewin en 840, bron étant une variante traduisant également « colline ». Un autre exemple serait Beraril (Escoublac, Loire-Atlantique) qui était en 854 Bronaril et en latin Mons Arill. L’équivalent latin est ici la preuve de la bonne compréhension d’au moins le mot bron. Les anciennes attestations de Bréal-sous-Vitré ne révèlent pas non plus

Bréal, un nom difficile à expliquer

Selon Jean-Yves Le Moign (1990), l’analyse de certains noms de lieux, dont celui de Bréal, présente quelques difficultés. A défaut d’une attestation ancienne, il n’est pas facile de décider, si le nom du lieu n’avait pas par exemple comme origine un ancien nom de personne gaulois comme Bréhaut à Taupont (Morbihan), auquel on peut ajouter Breteil dont l’origine est un nom de personne Brittus. D’autre part, Bré‑ peut se confondre avec plusieurs mots ayant une signification différente de « colline ».

Le mot gallo, d’origine celtique, brai (dérivés braion, breyon) signifie « boue » ou « fange ». Sur le plan de la prononciation, il se confond facilement avec bré‑. En Ille-et-Vilaine, on trouve neuf lieux-dits le Bray avec les variantes Brais et la Braye. Une des formes anciennes utilisée pour Bréal est effectivement (ecclesia sancti maclovie de) Breial en 1202. Ce type de terrain se reflète dans le nom d’un important manoir de la fin du XIVe siècle. Le Molan[t], situé à 2,5 km à la confluence du ruisseau de la Roche et du Meu. Molant (Ogée ecrit Molan) pourrait être un dérivé de mollain (en 1220) désignant un terrain mou ou fangeux. D’autres noms de lieux-dits dans les zones basses bréalaises traduisent l’idée d’un terrain humide comme le Marchais « terrain marécageux ». D’après Antoine Chatelier, enseignant de Breton à l’Université Rennes 2, les formes anciennes de Bréal-sous-Vitré (Braella etc.) pourraient se rattacher à celles de Bresles dans l’Oise : Braella 1015, Bragella 1142, inter marescum… Braele [« entre les marais… Braele »] XIIe siècle. L’ancien français a connu les mots brai « boue, marais » ou brau, brou « boue, sol argileux » sont associés au gaulois *braca du même sens. Cependant, si Bresles est effectivement à proximité de vastes marais, Bréal-sous-Vité se situe plutôt sur colline s’élevant à 130 m.

Le mot d’origine gauloise breil (forme ancienne : brolio) qui a donné le nom à de nombreux lieux-dit, dont à Bréal, peut également évoluer vers bré‑, comme dans Brémorin (Brolio Morin, 1213) à Louvigné‑du‑Désert (Ille‑et‑Vilaine). L’abbé Bossard cite pour Breil-Nouvel en Iffendic une variante de « prononciation vulgaire » de Brenouvel.

La finale -al de Bréal

A ces difficultés s’ajoute celle de pouvoir expliquer la finale -al de Bréal. Nous avons vu que seulement deux des auteurs cités précédemment, Gilles Deric et François Jaffrenou, se sont prêtés à cet exercice, mais n’ont pas vraiment convaincu.

Bréal, une composition de Bré‑ et ‑ialon ?

Le spécialiste de la toponymie normande François de Beaurepaire associe Bréal à Bréhal (Manche). La terminaison ‑al pourrait alors provenir de la finale prélatine -allum pouvant être rapprochée du substantif d’origine gallo-romain ‑ialum. Ainsi Bréal devrait être expliqué de la même manière que les noms des communes bretilliennes Noyal, Sougeal, Vergeal, Tréal etc. D’après Xavier Delamarre (2001) tout comme Auguste Vincent (1937), le terme gaulois ‑ialon signifiant « lieu défriché, clairière », évoluait vers un simple suffixe locatif évoquant « lieu, village ». On pourrait donc interpréter Bré-al comme « colline défrichée » ou « village sur une colline ». Pour R. Brunet, –ialos désignait peut-être dès l’origine seulement un emplacement et n’est peut-être même pas d’origine gauloise.

Cependant, lors de l’évolution de –ialo, le « a » s’affaiblit, alors que le son [i] se maintient parfois avec la variante [ʒ]. Les formes dérivées sont donc ­-eil, ‑eu(i)l, ‑œuil,u(i)el, etc., ainsi que –uéjols. Des toponymes de ce type sont répandus partout en Gaule, moins à l’Ouest. Une variante existe dans la Bretagne orientale pour Noyal, donc No‑ et ‑yal, gaulois nouio ialon « terre nouvellement défrichée ». Ce toponyme réservé à la Bretagne correspond aux françaisNoyelle ou Neuil etc., ou, issu du bas-latin *nouiliacum, à Neuilly, et ses pendants en Bretagne Neuillac ou Nivillac.

Quatre occurrences attestées de Bréal entre 1152 et 1270 ne contiennent pas le son [i] dans sa finale. Ce son – si ce n’est pas une erreur de copie – n’arrive que dans la variante de 1202, Breial. Quant à Bréal-sous-Vitré, on connaît les formes Breallo, Brealelo et Bradelo du milieu du XIe siècle, puis Brallo en 1108, puis vers 1190, au plus tard à partir de 1207 la forme actuelle, Breal, mais qui semble coexister avec des formes latines Breallo et Breallum. Là aussi, on affaire à une finale où le [i] est inexistant et qui est accentuée sur le [a]. Il paraît donc difficile de justifier cette hypothèse qui fait de Bréal composition de deux éléments, Bré et ialum.

Bréal, un nom issu d’un seul mot ?

L’hypothèse de Albert Dauzat et de Charles Rostaing

Nous venons donc à l’hypothèse d’Albert Dauzat et de Charles Rostaing, qui ont cherché dans une direction différente en associant le nom de Bréal non pas à une forme de relief, mais à un un type d’occupation et de l’usage du sol. Voici les entrées concernées dans leur dictionnaire :

Bréal-sous-Montfort, I.-et-V. ; B.-sous-Vitré, I.-et-V. V[oir] BREAU 1 (?).
[…]
1. Bréau. V[oir] Breil.
[…]
Breil,[…] Bréau, S.-et-M. (Broilum, vers 1142) ; Breuil, Marne (Broilum, 849-857) ;[…]. Anc[ien] fr[ançais] breuil, anc[ien]prov[ençal]brolh, petit bois entouré d’un mur ou d’une haie, mot d’origine gaul[ois](brogilum).

On peut trouver cette qualification lapidaire par son double renvoi d’abord à Bréau puis à Breil. A défaut d’une explication des auteurs ou d’une attestation ancienne, la justification de cette interprétation du nom de Bréal semble reposer sur la seule proximité phonétique de Bréal et de Bréau qui à son tour est traité comme l’un des toponymes de la famille des Breil.

Géographiquement ces deux noms appartiennent à des espaces très éloignés, car Bréau en Seine-et-Marne se situe à l’est de Paris. Linguistiquement parlant c’est le domaine de la langue d’Oïl, les deux Bréal appartenant, au moins au Moyen Âge à l’espace gallo, Bréau à celui du francien.

L’association de Bréal à Bréau est tacitement justifié dans le dictionnaire par leur origine supposée commune qui réside dans un toponyme effectivement très répandu dans l’espace anciennement occupé par les gaulois (si ce n’est pas l’étendue de l’Empire carolingien, étant donnée l’époque de la diffusion de ce toponyme), en tout cas en France et au-delà des frontières en Allemagne et la Suisse par exemple.

On peut remarquer, que les anciennes attestations des deux noms de Bréal, 1152 pour l’un, 1050 avec Breallo pour l’autre, ne sont pas mentionnées, et que la première attestation de Bréau avec Broilum date de 1142.

Les variantes sont nombreuses, les deux auteurs citent dans leur article « Breil » les formes Breux, Brieuil, Briot, Breuillet ou en composition avec un nom de personne, Bréhémont, Brullemail, Breuillepont etc.. En Moselle, on trouve Bruhl qui se prononce comme Brühl présent dans plusieurs régions allemandes ou en Suisse, cités par Auguste Vincent. Cet autre grand spécialiste de la toponymie française cite Bréau, maispas Bréal dans son long article sur Breuil.

Les auteurs ont marqué leur entrée concernant les deux Bréal d’un point d’interrogation, la qualifiant ainsi d’une hypothèse au sujet de laquelle le doute est permis. Mais ils n’expliquent pas ce qui les fait hésiter. Essayons de comprendre en quoi consiste ce toponyme issu de *brogilo et pourquoi cette hypothèse paraît discutable.

Petit historique du toponyme *brogilo
Une origine gallo-romaine ou carolingienne

Le mot breuil comme son équivalent breilest dérivé du mot *brogilos. Un texte du VIIIe siècle, le Capitulaire de villis, une sorte de règlement pour la gestion des domaines (villae) personnels de Charlemagne, l’utilise en tant que toponyme. D’après ce texte, ce nom cette expression semble être répandu à ce moment-là, car il est précisé : « nos forêts, que la foule appelle brogilos ». Brogilo est à son tour dérivé du mot gaulois brog(i) au sens de « territoire », « frontière » ou « marche ». Ce mot au sens de « petit territoire » puis « bois enclos » est attesté en bas latin avant le VIIIe siècle aussi sous la forme breialo. Les formes suivantes du latin médiéval sont considérés comme équivalents de ce breialo : broilus, brugilus ou encore broialum « champ ».

L’évolution de la forme et de sa signification

Le lien entre le mot brogilo, ses formes broilum, brolium, brioliumet sa signification bois ou parc (où l’on parque les bêtes), puis avec les formes plus récentes brueil, breil est établi au plus tard en 1650 par Gilles Ménage, grammairien et auteur de l’ouvrage Les origines de la langue françoise. Il s’appuie sur plusieurs sources de l’époque carolingienne pour l’origine du mot, et sur la Coutume d’Anjou, qu’il ne date pas, mais qui remonte partiellement au XIIIe siècle et a été rédigée définitivement en 1463, pour en donner une définition :

Qui n’a forest ou breil de forest ou longue possession, n’est fondé d’avoir chasse défensable à grosses bestes, s’il n’estChastelain, pour le moins. Et est réputé breil de forest un grand bois marmenteau ou taillis, auquel telles grosses bestes ont accoustumé se retirer ou fréquenter.

Désignant un terrain de chasse seigneurial dans un premier temps, le mot breil prend à la fin du Moyen Âge le sens de « pâturage »pour des vaches, les chevaux et surtout les porcs, notamment en automne quand les glands de chêne étaient tombés. Dans la forêt de Liffré en 1388-1389, un millier de bêtes appartenant à environ 230 propriétaires étaient gardés dans de petits enclos appelés breils. Les usagers devaient un droit au seigneur, par exemple 4 deniers par mois pour une seule vache tenue « en breil », mais seulement 2 deniers « en lande ». Le pris était divisé par deux pour un porc, une chèvre ou 3 brebis. Gilles Ménage ajoute dans les « Additions » à la fin de son ouvrage, que dans Le Barrois (Le Barrois autour de Bar-sur-Seine et Bar-sur-Aube en Champagne, l’autre à Bar-le-Duc en Lorraine?),Brueil prenait le sens de « pré marécageux », et en Auvergne, ce mot désigne « un grand pré » appartenant à l’évêque.

Michel Tamine (2014), explique qu’à l’époque carolingienne un broilum pouvait parfois être associé à des lieux dénotant un statut prestigieux comme un fief ou in établissement religieux, mais ce n’était pas systématique. Dans la moitié septentrionale de la France, le toponyme breuil et ses variantes ont vite cessé de désigner des bois entourés d’une haie, en réalité une zone de chasse à l’époque carolingienne, pour évoluer vers la dénomination de « prairies fertiles appartenant à un seigneur et soumises à des corvées » relatives au fauchage et au transport du foin. Ces prairies se trouvent souvent au contact direct de cours d’eau. Ce mot était aussi employé pour désigner des terres défrichées transformées en prairies.

Les attestions anciennes du toponyme breuil / breil

Parmi les nombreux toponymes issus de *brogilo, Breuil est très fréquent, et Breil l’est dans l’Ouest de La France.

En France

Les occurrences les plus anciennes de ce toponyme en France que nous avons pu trouver dans les dictionnaires d’Auguste Vincent et de Dauzat/Rostaing sont l’ancien nom Saint-Mesmin (Aube) qui est attesté au début du VIIIe siècle avec la forme Brolium, puis l’ancien nom de Neuville-sur-Sarthe, Brolius vel Novavilla en 802, après deux fois le Breuil dans la Marne et à Garancières (Yvelines), notés Broilum etBrogilo au début du IXe siècle, un lieu-dit Brolium est attesté à Autun (Saône-et-Loire) en 920, et enfin Breuil (Marne), Broilum en 849-857.

Dans les listes des deux auteurs, une fois les doublons enlevés, sont répertoriés près de 70 noms de communes et de lieux-dits en France appartenant à cette famille de noms. Nous avons déjà cité les sept occurrences appartenant au VIIIe, IXe et Xe siècles. Trente-trois autres sont attestés la première fois aux XIe et XIIe siècles, 25 principalement au XIIIe, certains au XIVe siècle.

Une analyse géographique de cette série d’attestations, semble montrer que les lieux attestés entre le IXe et le XIIe siècle, se situent tous à l’est et au sud d’un arc entre la Charente-Maritime, la Sarthe et le Calvados. C’est seulement au XIIIe et surtout au XIVe siècle que l’on trouve des lieux du type *brogilo en Mayenne, Maine-et-Loire, Loire Atlantique et à l’est d’lle-et-Vilaine. Quelques lieux sont cités avec des attestations du XVe siècle.

Dans cette liste d’exemples, les radicaux des anciens noms sont formés tous selon le schéma « Br…l- » le pointillé remplaçant les voyelles et diphtongues suivants : ei, io,o, oi, oy, u,ue, ui, uo. Il n’y a donc aucune occurrence avec un radical en ae ou ea comme dans Braello ou Breallo, les anciennes attestations de Bréal-sous-Vitré.Dans certains cas, plusieurs attestations appartenant à des périodes différentes sont disponibles :

Premières attestationsAttestations ultérieuresNom actuel
Veteri Brolio 1095, Verbroil XIIIe siècleVielbreuil 1521Verbreuil à Vernon (Vienne)
Veil Bruil 1349Viel Breil 1378Vibreuil à Thouars (Deux-Sèvres)
Brulhamenon 1276Breuille Amenon 1380Brouilleamenon à Plou (Cher)
Brugilo 616 ?, Broilus 1012, Broilum 1044, Brolium 1315Breil 1563Breil à Saint-Pavace (Sarthe)

On constate alors que les anciennes formes en o ou en u évoluent à partir du XIVe siècle vers les formes qui sont aujourd’hui les plus répandues, breuil et breil, ce qui n’exclut pas que leur évolution les modifie encore après (Brouilleamenon).

Ces constats ont cependant une valeur limitée, car des attestations anciennes n’ont peut-être pas été établies ou n’ont pas été trouvées pour tous les lieux de cette famille de noms qui ont pu existé. D’autre part certaines sources non publiées n’ont peut-être pas exploitées, dont le Dictionnaire topographique d’Ille‑et‑Vilaine de l’abbé Bossard, qui pourtant peut-fournir de précieuses informations sur les noms des lieux notamment de ceux des lieux-dits.

Les micro-toponymes breil en Ille-et-Vilaine

Dans son dictionnaire, l’abbé Bossard à noté aussi les attestations anciennes disponibles. Parmi les 84 lieux au nom de Breil, elles existes pour 37 lieux-dits. Aucune attestation ne remonte au-delà du XIIe siècle.

Premières attestations de lieux-dits au nom de Breil en Ille-et-Vilaine.

Un classement révèle une dominance des formes brolio (Brollium, Brolii, Brolium), ainsi qu’un cas de Breillo pour la période entre le XIIe et le XIIIe siècle. Ensuite, à la fin du XIVe au milieu du XVe siècle (avec une exception datée de 1513), apparaissent Breuil (Breuill, Brueil) et Breill (Braill, Brell, Briell, le pluriel Breux). Enfin, nous trouvons Brel, Breil, Breill, Brayl pour le milieu du XVe siècle et le début du XVIe siècle ainsi qu’une occurrence de 1601. L’évolution aboutit dans tous ces cas à Breil aujourd’hui.

Nous ne trouvons donc pas des séries d’attestations pour un même lieu. Cependant, nous constatons le même phénomène que pour les attestations citées plus haut concernant la France entière : les formes les plus anciennes correspondent généralement à un radical brol-, plus tard apparaît breuil- et plus tard encore breil-.

La particularité de notre région est effectivement, que se type de nom de lieu n’apparaît pas sous la forme Breuil comme dans le reste de la France, mais sous la forme Breil.

La répartition géographique des lieux-dits Breil et Breuil en Haute-Bretagne

L’Ille-et-Vilaine apparaît ici comme l’espace géographique où le toponyme Breil est le plus représenté. Auguste Longnon fit le constat que la forme principale issue de *brogilo en France était breuil, mais que l’Ouest de la France se démarquait par la particularité que ce nom y est substitué par breil ayant la même origine. Il nous paraissait intéressant de cartographier la présence des lieux-dits Breil et Breuil à partir d’un certain nombre de répertoires disponibles, dont celui de l’abbé Bossard, peu exploité par d’autres auteurs, car non publié.

Répartition des lieux-dits « Breil » et « Breuil » dans les départements de l’Ouest de la France.

Les cartes visualisent cette répartition de Breil et de Breuil dans l’Ouest de la France. Le premier de ces deux noms apparaît surtout en Ille-et-Vilaine et plus globalement dans un certain nombre de départements dans le Nord-Ouest de la France, puis dans une moindre mesure autour de la Dordogne.

Au Nord-Ouest, les zones marqués par le toponyme Breil s’étendent de la Sarthe jusqu’à la « frontière » du breton actuelle qui coupe les Côtes-d’Armor et le Morbihan en deux. Le phénomène s’estompe vers les côtes normandes et au sud de la Loire.

Répartition des lieux-dits Breil et Breuil en Haute-Bretagne. Limites de la diffusion des noms en -ière/-érie et en -ais.

A certains égards, cette aire de diffusion du nom Breil, correspond à celle d’une autre forme toponymique, à savoir celle des noms de lieux en -ièreet -érie (l’Emondière, la Graffardière, la Corroirie etc.), suivi des noms en -ais (la Blanchardaisn la Finedais etc.). Ces noms se sont répandus depuis la région mancelle vers l’Ouest à partir du XIe siècle pour les premiers, à partir du XIIe siècle pour les seconds. Comme dans le cas des toponymes en Breil, leur présence s’affaiblit à l’approche des zones bretonnantes. En ce qui concerne les noms en -ière/-érie et en -ais, les linguistes et les historiens pensent que l’apparition et la diffusion de ces noms est un symptôme de la romanisation qui se répand vers l’Ouest. Elle a lieu, alors que cette région connaît une croissance démographique, une augmentation des exploitations agricoles parallèlement à l’installation du système féodal.

Les noms en Breil semblent suivre le même mouvement un peu plus tard, en tout cas c’est ce que l’on peut constater sur la base des données disponibles. En ce qui concerne les formes des noms attestés, brolio-, breuil-, breil-, elles appartiennent à la langue roamane ou française comme leur équivalents dans le reste de la France.

Bilan : Bréal, un toponyme issu de *brogilos ?

L’analyse des attestations documentés dans les ouvrages cités semble montrer, que des toponymes issus de *brogilo commencent à être formés à partir du VIIIe siècle en France. Ce siècle est aussi considéré comme le moment où l’usage de ce mot est documenté dans un glossaire avec breialo, puis un siècle plus tard dans un Capitulaire carolingien ou figure brogilos.

Si Breal appartenait également à ce type de toponyme, son nom aurait dû être créé à un moment entre ce VIIIe siècle et ses premières attestations respectivement en 1152 et en 1207 pour les deux lieus.

Or, nous avons constaté que les ancêtres des toponymes du type Breuil apparaissent d’abord à l’est d’un arc passant de la Charente-Maritime par la Sarthe au Calvados. C’est seulement au XIIe siècle que les premiers lieux au nom de Brolio futur Breil sont attestés sur le territoire du futur département d’Ille-et-Vilaine, et c’est seulement aux siècles suivants que le nombre d’attestations pour ce toponyme augmente.

Puisque le nom de Breal existait déjà à ce moment-là, au XIIe siècle, son évolution a dû commencer un bon moment avant cette date, sans qu’on puisse dire quand et elle a dû prendre une autre direction que celle observée pour les toponymes devenus Breil ou Breuil. Au plus tard, aux IXe, Xe siècle peut-être ? A cette période, il est possible que la situation linguistique à cet endroit était encore caractérisée par une population où les parlers roman et breton se côtoyaient – ce qui reste à prouver. Le recul du breton vers l’est s’accentuait à au cours des XIe, XIIe et XIIIe siècles.

Pour le docteur en breton Antoine Chatelier, une évolution sous une influence phonétique bretonne de Bréal à partir de Brogilo en passant par Breialo est possible, mais dans ce cas il faudrait admettre une étymologie différente des deux Bréal, car à Bréal-sous-Vitré n’existait certainement pas une population bretonne suffisamment importante pour influer sur le nom du lieu.

Si l’ancêtre du nom de Breal avait été créé à ce moment-là, il serait difficile à comprendre pourquoi son nom n’avait pas évolué vers Breil de la même manière que les nombreux lieux-dits dans son voisinage ou comme ou un bourg comme le Breil-sur-Mérize dans la Sarthe.

En ce qui concerne Bréal-sous-Vitré, rappelons ici ses attestations des XIe et XIIe siècles, Braello, Brealelo, Brallo. Ces formes ne ressemblent pas à celles qui sont issus de *brogilo, car nous avons observé dans aucun cas un radical formé avec a. Cela fait de Bréal-sous-Vitré un mauvais candidat pour entrer dans la famille des Breil et Breuil. Peut-être faut-ol envisager une étymologie différent de celle de Bréal-sous-Montfort.

Bréal germanique ?

Ernest Nègre propose d’interpréter le nom de Bréal tout comme Bréel (Brael vers 1335, Orne) et Bréhal (Brehal 1163, Brahal 1185, Manche) le résultat d’un évolution à partir du nom de personne germanique Blidaldus évolué en *Bridalus.

Cela peut surprendre, mais vers 850 la mode est à porter des noms germaniques dans presque toute la Gaule devenue la Francie orientale. A Lohéac au XIe siècle, par exemple un certain nombre de personnes portaient des noms germaniques comme Hugo, Ernulfus ou Godalenus alors que leurs pères respectifs avaient des noms bretons comme Hervei, Liosoci ou Glemarhoci. En 837, Nominoé se fit représenter lors du jugement d’un tribunal par son envoyé qui se nommait Haldric. La Roche-Bernard (Morbihan) tient son nom d’un seigneur de ce nom qui y établit son château au XIe siècle, dont les parents étaient peut-être encore conscients de la signification des mots germaniques bero « ours » et harti « dur, puissant ».

Cependant, selon un auteur sur Wikimanche, il faudrait supposer, outre la disparition de la terminaison ‑us, la chute du d-final (*Blidald devient *Blidal), la substitution de la voyelle du radical [i] par [e] (*Bledal) et finalement l’évolution du [l] vers [r] (une dissimilation) pour obtenir *Bredal qui aurait pu aboutir à Bréhal ou à Bréal. Cela paraît assez invraisemblable sur le plan linguistique. On peut ajouter qu’il existe pour Bréal-sous-Vitré des formes anciennes attestées qui semblent encore plus éloignées de ce nom germanique.

Conclusion générale

La question de la langue qui était parlée par ceux qui pouvaient imposer un nom au lieu qui est devenu Bréal est toujours au fond de la question : D’où vient ce nom ? Comment peut-on l’expliquer ? Si la langue gallèse a parfois mise à contribution c’est beaucoup plus souvent le breton. Le nom a-t-il une origine gauloise, mais a évolué sous l’influence de l’une ou l’autre langue ? Le breton ? La langue romane (gallo, français) ? Certains auteurs sollicitent une langue « celtique », le gallois ou le breton, pour expliquer le nom, d’autres comme Albert Dauzat et Charles Rostaing intègrent Bréal linguistiquement dans l’espace français en l’associant à un toponyme qui existe partout en France sauf dans les régions bretonnantes (sauf exception). Même la langue germanique aurait pu intervenir.

Une origine bretonne du nom de Bréal est exclue pour certains auteurs. Joseph Loth (1907) considère que le nom de Bréal tout comme celui de sa voisine Mordelles sont d’origine romane et d’évolution française. Mais, partant de son statut de paroisse, il déduit que Bréal doit être « ancien », rien que la forme de son nom le prouverait. Cela n’empêcherait pas qu’une population bretonne ait été présente

L’hypothèse que Bréal soit formé à partir de Bré « colline, mont » pose problème sur le plan linguistique parce que le deuxième élément ‑al ne peut pas être expliqué de manière satisfaisante. Quant à la topographie, les doutes sont permises que l’on la voyait sur une colline, gaulois briga, bretonde bre(n), à l’époque où l’on nommait ce lieu.

Que Bréal ait sa racine dans *brogilo et qu’ ce nom appartienne à la famille des Breuil/Breil est mis en doute par les auteurs de cette hypothèse eux-mêmes, qui, rappelons-le, ne fournissent pas d’explication. L’ancienne forme breialo, et l’occurrence exceptionnelle Breial de 1202 pourraient y porter crédit.

Peut-être un jour, un vieil acte écrit, une inscription, un récit seront découverts quelque part qui nous apporteront une certitude.

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