« Bréal » avant Bréal
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Sommaire
- 1 Introduction
- 2 Une occupation humaine ancienne de la campagne bréalaise
- 3 Des toponymes anciens
- 4 La naissance de Bréal : deux hypothèses
- 5 Bibliographie
1 Introduction
L’histoire de Bréal avant sa première mention en 1152 ne peut s’appuyer sur des documents écrits. Car à présent aucun texte relatant des faits antérieurs à cette date et relatifs à Bréal ou à son territoire n’est connu. Cela est vrai à une exception près. Le lieu-dit de La Forêt, aujourd’hui scindé en Basse et Haute-Forêt, est cité dans un acte latin de 1030 par le terme silva « bois, forêt ». Mais cette propriété seigneuriale appartenait alors à la paroisse de Mordelles, in Mauricellie parrochia. Une petite seigneurie était donc installée à ce moment-là sur les bords du Meu.
De nombreuses traces témoignent cependant de l’occupation des terres dans le voisinage de Bréal ou bien sur son territoire même depuis des temps reculés, très anciens. Ces traces sont d’abord de nature archéologique. Il s’agit donc de traces matérielles, d’outils, de vestiges de maisons etc. Si dans les environs elles permettent de remonter jusqu’au Paléolithique, elles sont attestés à Bréal dès la fin du Néolithique.
En ce qui concerne les périodes plus récentes, la fin de l’Antiquité et le Haut Moyen Âge, nous disposons d’un autre type de « vestige ». Ce sont des noms de lieux, ceux de certains des nombreux villages et fermes sur le territoire bréalais, dont l’apparition remonte à la période de la présence romaine en Gaule et en Armorique, la période gallo-romaine, ainsi qu’aux débuts de la présence des Bretons en Armorique depuis le Ve siècle au IXe et Xe siècles. Des habitants de ce territoire, Gaulois plus ou moins romanisés, auxquels se sont ajoutés des Bretons plus ou moins nombreux ont nommé des lieux dans leurs langues respectives.
En ce qui concerne la naissance de la paroisse de Bréal, entendu comme un territoire, seulement des hypothèses peuvent en donner une idée. Selon la première, Bréal était le résultat du démembrement d’une paroisse plus vaste, dont le centre était Goven, avant le milieu du XIIe siècle. Cette approche est remise en question. En effet, le mot paroisse ne désignait pas au début le territoire délimité et régi par une église. La paroisse était d’abord une communauté de fidèles qui se rendaient à la même église à laquelle ils ont reçu le baptême et payaient la dîme. Peu à peu, c’est le territoire habité par ces personnes qui devint la paroisse.
L ‘étude au sujet du Nom de Bréal avait montré que le nom de cette paroisse n’a pas été créé de toutes pièces au moment de son apparition dans un acte écrit. Il paraît pertinent de supposer que ce nom est issu d’un mot qui avait fait sens pour les habitants à un moment plus ancien, et qu’il a subi une évolution lors de laquelle se mot s’est transformé si bien que son sens primitif est devenu méconnaissable pour nous aujourd’hui, mais peut-être aussi pour les « Bréalais » de l’époque. Il est cependant probable que ce nom, Bréal est enraciné dans la langue gauloise et peut-être influencé par la langue bretonne. Le nom même est donc un indice qu’il doit y avoir eu une histoire de « Bréal » avant Bréal.
2 Une occupation humaine ancienne de la campagne bréalaise

2.1 Périodes pré- et protohistoriques
Pour les périodes de l’existence de l’humain les plus anciennes, les témoignages écrits contemporains sont absents, on parle alors de la Préhistoire. Les témoignages au sujet de la civilisation des Gaulois, qui n’ont pas produit eux-mêmes des écrits, proviennent de personnes extérieures, des Romains ou des Grecs. On parle donc à leur sujet de la Protohistoire.
2.1.1 Le Paléolithique
Il paraît que les premiers humains installés en Bretagne ont privilégié les côtes et les grandes vallées. Un des sites les plus anciens d’occupation humaine dans la région est daté à l’Âge de la Pierre taillée, le Paléolithique, entre -700 000 et -600 000 ans. Il a été découvert dans une carrière près de la Vilaine à La Veillardais en Saint-Malo-de-Phily. L’Armorique est alors peuplé probablement parHomo erectus ou Homo heidelbergensis. L’Homme de Néanderthal, très présent en Bretagne n’y arrive qu’après 450 000. Ces humains vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette, étaient nomades devant se déplacer quand les ressources dans un lieu étaient épuisées. Ils chassaient entre autres le renne, le rhinocéros laineux, plus tard dans un climat plus clément lors des interglaciaires, ils rencontrent aussi chevreuils et chevaux ou loups, lynx et lions.
Relatif à cette période, des racloirs et des bifaces faits à partir de roches locales, grès, quartzites etc., donc des outils tranchants, ont été trouvés sur plusieurs sites près de la Baie du Mont-Saint-Michel et dans la vallée de la Vilaine à Cesson-Sévigné, Babelouse en Chavagne, Saint-Jacques-de-la Lande, Bourg-des-Comptes et à Pléchâtel. Les sites moustériens du Paléolithique moyen et ceux du Paléolithique supérieur se concentrent sur les côtes. Il faut attendre la période entre 12 000 à 7 800 ans, c’est la transition du Paléotlithique au Mésolithique, pour trouver à nouveau des témoignages des activités humaines dans les vallées de la Vilaine et du Meu, dont un à Bourg-des-Comptes avec une série d’outils dont des grattoirs et des burins.

2.1.2 Le Néolithique
La période du Néolithique débute en Bretagne autour de 5 000 avant notre ère. Elle est caractérisée par la sédentarisation des humains dans des habitations permanentes, l’apprentissage de l’agriculture et par le mégalithisme. Le réchauffement climatique commencé 6 000 ans avant, entraînant la fonte des glaces et une remontée de la mer d’une cinquantaine de mètres, a conduit au déplacement de populations depuis le Moyen Orient vers le nord et l’ouest, donc aussi vers l’Armorique. L’action humaine commence à transformer le paysage. L’extension de l’agriculture céréalière et de l’élevage nécessitent le défrichement conduisant au morcellement des forêts primitives, et ont pour conséquence l’apparition de landes dites régressives, c’est-à-dire non naturelles.
Des monuments dans le voisinage de Bréal témoignent des activités humaines à cette époque. Le mégalithe dit Grès de Saint-Méen dans la forêt de Montfort à l’ouest de Talensac a peut-être été transporté sur environ un kilomètre jusqu’à son emplacement actuel.
Plus loin, au sud d’Iffendic à La Petite Barre se dresse la Pierre-Longue en schiste pourpré, et un plus au sud encore à Boutavent, un ensemble de menhirs de poudingue. A Bruz, non loin du confluent de la Seiche avec la Vilaine une grande lame de schiste rouge appelée menhir du Pré de la Pierre (ou du Cas Rouge ou du Cahot). Un menhir en schiste pourpré mutilé et couché gît actuellement dans un fossé à Maxent près du moulin de La Pierre Droite. Des allées couvertes et sépultures mégalithiques ont été identifiées dans la forêt de Paimpont. Dans la première moitié du XIXe siècle, des « antiquaires » ont associé certains de ces mégalithes aux Celtes et aux légendes arthuriennes, le Tombeau de Merlin et le Tombeau des Druides ou l’Hotie de Vivianne. Ces lieux passaient alors pour des preuves que la Forêt de Paimpont ou Brécilien était identique à la Brocéliande du roman Yvain ou le Chevalier au Lion (1177-1181) de Chrétien de Troyes. Une autre allée couverte, le Tombeau des Anglais, conserve le souvenir de la bataille de Mauron en 1352 lors de la Guerre de Succession (1341-1364).
A Bréal, l’occupation humaine du territoire est attestée depuis le premier millénaire av. J.-C. En 1882, un guide touristique mentionne dans sa présentation de Bréal-sous-Montfort la découverte de « haches celtiques en pierre et [d’]une autre en bronze d’une forme particulière ». Celles en pierre correspondent peut-être aux exemplaires conservés au Musée de Bretagne.

De nos jours, une prospection au sol près de la Haie de Bréal a permis la découverte d’une hache polie en silex charentais datée au Néolithique final, ainsi qu’une herminette (hachette servant à travailler le bois) en silex gris de la région de Caen.

Les matériaux qui ont servi à la fabrication de ces outils ne se trouvaient pas à Bréal, si bien que ces derniers devaient être importés. Un gisement de dolérite, roche appréciée pour sa ténacité, existait au Néolithique à Plussulien (Côtes-d’Armor). Les outils trouvés à la Haie de Bréal sont importés et proviennent de carrières de silex de la région de Caen et de la Champagne. Ces outils témoignent ainsi du fait d’échanges commerciaux auxquels participaient des habitants de la zone de Bréal.
Les haches de dolérite produites à Plussulien ont connu une diffusion dans l’ensemble de l’Armorique péninsulaire et même au-delà, car elles ont été retrouvées sur les bords du Rhône ou à l’ouest de Paris. Pour les échanges, il ne faut pas imaginer un lien direct entre producteur et demandeur qui se fit livré par un transporteur. Les populations ayant vécu en relative autarcie, des échanges des objets non disponibles sur son propre territoire se firent de proche en proche entre tribus voisines. Les archéologues estiment, que pendant une période de 1 200 ans environ 6 millions de haches furent produites à raison de 5 000 en moyenne par an. Le temps de travail investi par un ouvrier dans la fabrication est estimé de 1 à 3 jours selon la qualité et l’importance de l’outil.
| La fabrication d’une hache polie |
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| Pour le débitage des gros blocs de roche, les ouvriers mettaient au profit les tours de mains héritées des constructeurs des mégalithes. On utilisait de gros percuteurs de pierre pouvant atteindre une dizaine de kilos maniés à deux mains en profitant des joints et fractures déjà présents. Vers -2 600, les hommes du Néolithique découvrirent l’utilisation de brasiers allumés devant le front de taille pour aider à la rupture des joints. Pour la confection de la hache même, on dégrossissait d’abord le bloc à l’aide d’un percuteur de pierre. En continuant ce travail avec le même outil, l’ouvrier retouchait l’objet afin d’enlever les principales irrégularités. Le résultat était une hache taillée. A l’aide d’une masselotte en pierre, on procèdait au bouchardage par lequel les irrégularités étaient réduites afin de donner à l’outil sa formé galbée définitive. Le polissage était parfois limité à l’affûtage de la lame, mais pouvait s’étendre sur l’ensemble de l’outil. |
Est-ce qu’il a pu y avoir des menhirs à Bréal ? Leur localisation topographique est très variée. De manière générale, on les trouve moins sur des sommets que sur des replats ou sur des pentes, dans des vallées encaissées ou près d’un estran au bord de la mer. La présence de menhirs, isolés ou plutôt dans des alignements devait avoir été généralisée dans la péninsule à l’exclusion des zones schisteuses aux roches friables à l’est et à l’intérieur de l’Armorique qui ne pouvaient pas produire des blocs suffisamment durs pour servir aux monuments mégalithiques. Mais du fait de la disparition d’un grand nombre de menhirs, dont un toponyme conserve parfois le souvenir, une carte de la distribution de ces monuments serait peu probante. Si un millier de sites ont été repérés dans l’ensemble des cinq départements bretons, dont la plupart dans les départements occidentaux, il paraît « raisonnable » d’estimer un nombre de 2 000 à 5 000 monuments ayant été érigés au cours d’un ou deux millénaires.
2.1.3 L’âge du Fer
Pendant l’Âge du Fer (env. 800 à 50 av. J.-C., Hallstatt puis la Tène), avant la conquête romaine de la Gaule, des éleveurs et agriculteurs étaient installés dans les bassins centre-armoricains dans les espaces plutôt fertiles. Les défrichements commencés au Néolithique avec leur corrélat de l’extension des landes régressives se sont poursuivis. Parallèlement, la population se répartissait désormais de façon homogène sur l’ensemble de la péninsule armoricaine, avec des densités un peu plus fortes le long le littoral, et elle avait fortement accru. Selon une estimation prudente, ce territoire a pu être occupée par 150 000 à 300 000 habitants, ce qui revient à une densité de 3 à 10 habitants par km² (la densité de la population à Bréal a cru de 52 hab./km² en 1968 à 190 hab./km² en 2022).
Si et à quel point ces Gaulois armoricains, leurs pratiques et leur langue ont été influencées ou modifiées par une migration ou infiltration de groupes celtes ou bien par des échanges, notamment avec les peuples outre-Manche fait objet de discussions entre chercheurs.
La présence d’agriculteurs à La Tène (-450 à -52) dans le secteur de Bréal est montrée par le repérage d’enclos, donc d’anciennes exploitations agricoles. Ces fermes, à l’origine ceinturées par des réseaux de clôtures comprenant des fossés, des talus et des palissades, renfermaient des bâtiments de petites dimensions, construits avec des matériaux périssables (bois, pisé, torchis). Il est possible que le site de La Bouëxière, avant la construction d’un sanctuaire gallo romain, était occupé dès la fin du IIe siècle avant J.-C. par des Gaulois. Lors d’un survol, un enclos a été découvert jouxtant La Bouëxière à l’est, qui pourrait – avec des réserves – appartenir à une période pré-romaine. En-dessous des niveaux de sol antique, l’archéologue a mis au jour des niveaux archéologiques datant de la Tène finale. L’un des enclos repérés dans le voisinage de La Brisardais remonte probablement à la période laténienne ; son occupation se poursuivit pendant la période gallo-romaine. On a repéré des enclos également au Pont Binel, à Bellevue et à La Vallée Goguette.
Au Marchais, les structures découvertes permettent l’hypothèse de l’existence d’un sanctuaire gaulois, puis gallo-romain.
Au premier siècle av. J.-C., Jules César identifiait un certain nombre de peuples dans la péninsule armoricaine. Après la conquête romaine, au Ier siècle après J.-C., les Romains se fondaient sur leurs territoires pour définir les limites des entités territoriales, civitates « cités ». Le territoire du futur Bréal, se trouvait alors à la limite orientale de la cité des Coriosolites avec celle des Riedones. Cette limite était matérialisée au niveau de Bréal par la rivière du Meu, puis par la Vilaine à partir de Goven. A l’Ouest, en gros dans l’actuel Finistère, résidaient les Osismes, au sud dans le Vannetais les Venètes, et au sud-est autour de Nantes les Namnètes.
2.2 La période gallo-romaine
La conquête de la Gaule fut achevée par Jules César en 52 avant notre ère, en 51 en ce qui concerne l’Armorique. La romanisation administrative et culturelle s’était mise en place au cours du Ier siècle. La présence de Gallo-Romains à Bréal a été démontrée au milieu du XIXe siècle par des découvertes au lieu-dit de La Bouëxière (ou Boissière). Ce toponyme est en lui-même un indice relativement sûr d’une occupation gallo-romaine. Le nom désigne un « lieu où pousse le buis » (lat. buxus). Cette plante était appréciée comme plante ornementale par les Romains. Elle avait probablement proliféré autour de leurs propriétés après l’abandon, le buis jouissant d’une très grande longévité. D’où la création du toponyme au Moyen Âge. Issu du mot *buxaria ce nom de lieu apparut dès le VIIIe siècle, mais l’émergence des formes Boissière ou Bouexière appartient plutôt au début du XIIIe siècle. Le site bréalais se trouve au sommet d’un éperon, avec une vue particulièrement dégagée. Il est à ce titre propice pour ce type d’édifices.
Adolphe Toulmouche en 1847 identifia « sur le haut d’une colline voisine […] la base de murs ou de constructions […] revêtus en dedans d’un enduit blanc sur lequel on voyait encore peints des lignes rouges, tandis que le sol était en béton lisse ».
En ce qui concerne ces derniers vestiges, un archéologue émit en 1988 l’hypothèse qu’il eut pouvoir s’agir d’une villa gallo-romaine. Cette interprétation fut révisée à la suite de nouvelles fouilles en été et automne 1991. Le site est exceptionnel parce qu’il compte parmi les rares sites antiques ruraux en Ille-et-Vilaine ou des structures maçonnées et des niveaux archéologiques ont pu se conserver parce que cette parcelle n’a jamais été défrichée, labourée et mise en culture. Le site était d’ailleurs présent dans la mémoire locale sous différentes appellations, « ville romaine » ou « château », ou comme lieu d’une « légende souterraine »…

C’était précisément au moment où son propriétaire s’apprêtait à faire disparaître cette friche, que celui-ci s’aperçut de la présence de vestiges et, conscient de leur valeur patrimoniale alerta le maire de l’époque, Joseph Durand, et les élus qui s’adressaient aux services archéologiques. Ces fouilles furent donc reprises, par une équipe constituée en partie de bénévoles bréalais et dirigée par l’archéologue Alain Provost du CERAPAR (Centre de recherche archéologique du pays de Rennes). La municipalité, représentée par son adjoint Michel Bohuon, accompagnait cette intervention sous forme de prestation de services.

Les découvertes imposaient une autre interprétation de ce site. Il s’agirait probablement d’un sanctuaire rural, d’un fanum. Puisqu’il n’était pas associé à une villa, ce fanum était probablement destiné à l’accueil de populations rurales dispersées. C’est le plan à deux carrés concentriques qui identifie la construction comme un fanum composé d’au moins deux temples. Le caractère modeste et rural de l’édifice est suggéré par l’absence de vestiges de colonnes de pierre, si bien que le toit de la galerie a dû être soutenu par des poteaux en bois. Des tessons trouvés dans un niveau de sol plus profond pourraient indiquer une occupation humaine entre la fin du IIe et le Ier siècle avant J.-C. (Tène final), tout comme au fanum à Sermon en Mordelles – à moins qu’il s’agit tout simplement de remblais apportés au moment de l’édification du sanctuaire. Une autre couche stratigraphique contenait des pièces de monnaie des premiers décennies du Ier siècle, probablement des offrandes. Un édifice primitif a vu le jour à la fin de ce même siècle, mais la date de l’édification de ce temple ne pouvait pas être déterminée. Le site était occupé jusqu’au IVe siècle. Aucun vestige ne témoigne d’une occupation pendant le Haut Moyen Âge du Ve au XIe siècle.

Si des fana repérés dans la région sont plus nombreux du côté des Riedones, à Mordelles, Chavagne, Pacé, puis autour de Rennes, ce type d’édifice à été découvert aussi chez les Coriosolites surtout près la côte. En plus du Fanum Martis, dédié à la divinité Mars Mullo, des sanctuaires plus petits existaient autour de Corseul. Un seul a été découvert dans la partie sud de cette ancienne cité, à Allaire (Morbihan).
La présence d’un sanctuaire rural devant accueillir des habitants des campagnes à l’alentour soutient l’hypothèse de la présence d’une voie romaine à proximité. Adolphe Toulmouche a relevé des vestiges possibles d’une voie pavée partant de Condate (Rennes) à Darioritum (Vannes). Un deuxième tracé hypothétique passe par la limite sud de Goven. De cette route, on avait conservé le nom de Chemin Ferré. Ce mot, ferré, est peut-être une altération de perré/pierré, ou bien ferré désignait la couleur noirâtre de la pierre utilisée pour la construction, ou encore sa solidité, « dure comme le fer ». Selon la description d’Adolphe Toulmouche, on rencontra à Bréal, dès la traversée du Meu depuis Mordelles, « sans cesse des briques romaines » et un peu plus à l’ouest, à La Bouëxière « de nombreux débris de briques plates et à crochets, de poteries romaines, et parmi quelques pièces, un Probus », donc à l’effigie de l’empereur romain qui régnait de 276 à 282. L’hypothèse d’une ancienne voie romaine traversant le territoire de Bréal du nord-est à l’ouest est encore maintenue de nos jours.
Les dates de vie de l’empereur Probus correspondent à une période de troubles en Armorique entraînant de nombreuses destructions. Suite aux intrusions germaniques, la tactique de Probus était de « poursuivre les barbares à l’intérieur du pays pour les exterminer ou capturer ». De nombreux enfouissements de monnaie à cet époque témoignent de ces troubles, ainsi que la construction de places fortes comme celle d’Alet, aujourd’hui à Saint-Servan, ou encore des murailles à Rennes. On ne sait pas si la pièce de monnaie trouvée à La Bouëxière a été enfouie avec un trésor ou tout simplement perdue.
Des enclos gallo-romains ont été identifiés à Louet, au Plessis-Genaitay, à La Brisardais et au Marchais. Des bloques de mortier de chaux, un four de tuilier, des tegulae (tuiles) et briques, un enclos à double fossé, tous gallo-romains, ont été révélé dans les environs d’autres lieux-dits actuels situés principalement dans la moitié est du territoire bréalais à La Finedais, aux Ponciaux, à Bellevue, au Grand-Tertre, au Four-Rouge, au Fougeray et aux Janiaux. Un autre site se trouve à la La Vallée Régnier.

La carte de la cité des Coriosolites ci-dessous montre que la densité de vestiges gallo-romains est plus forte autour de son chef-lieu probable, Corseul. Le nom antique de cette ville est inconnu, si bien qu’il est parfois désigné par le nom de son sanctuaire, Fanum Martis. On observe également l’attraction exercée par les voies de communication et la côte. La présence plus faible de gisements de matériaux de construction sous forme de tegulae (tuiles) et de briques de l’époque gallo-romaine en milieu rural témoigne d’une certaine réticence des autochtones à l’accueil de la culture romaine. Il y a donc une chance, que, dans cette zone, le latin et le gaulois coexistaient encore au milieu du IIIe siècle, période à laquelle la plupart des tegulae ont été datées.

D’après l’archéologue Alain Provost, il est probable, étant donné les sites repérés, que le territoire de Bréal a connu à l’époque gallo-romaine une occupation comparable à celle de certaines communes du bassin de Rennes, comme Chavagne et Mordelles, où les prospections étaient plus poussées permettant la découverte d’un plus grand nombre de sites.
Aujourd’hui, on pense que les sols n’ont pas été abandonnés par des occupants à la fin de l’Empire romain, et on plaide plutôt « en faveur d’une relative continuité » de l’exploitation des terres agricoles pendant les siècles suivants, ce qui n’empêchait pas que l’organisation du territoire se modifiait. Le territoire de Bréal continuait donc probablement à être habité, même si les témoins archéologiques ou écrits en font actuellement défaut pour les siècles qui séparent l’époque gallo-romaine du XIIe siècle, où le nom de la paroisse apparut pour la première fois.
3 Des toponymes anciens
Sur le territoire actuel de Bréal-sous-Montfort se situent quelques lieu-dits, hameaux ou villages, dont les noms renvoient éventuellement à la période gallo-romaine ou bien à la période principale de l’immigration bretonne aux Ve et VIe siècles.
L’analyse d’un corpus de toponymes en Haute-Bretagne conduit Jean Yves Le Moign (1990) à établir une carte selon laquelle, 5 à 20 % des noms de lieux (communes et leurs hameaux, écarts et lieux-dits) près du Meu et de la Vilaine sur leurs rives droites ont une forme ancienne pouvant relever en partie d’une origine bretonne. Vers l’Ouest, à partir d’une ligne Gaël-Paimpont-Guer, ce taux monte à 20 à 50 %. À Bréal, il s’élève à 12,5 % (Carte ci-dessus). Il s’agit des lieux-dits aux noms de Bernial, le Bois d’Angers, Cayer, Coyan, Etignac, Hindré, Limoray, le Molant, la Morgantière (Morgandière ?), Ossac, le Refour, Trébermel, Treffieux.

3.1 Des noms de lieux aux origines gallo-romaines ?
Trois de ces toponymes anciens, Estignac (Estignac, 1306, Stignac, 1427), Ossac (Hossac), 1380, Oscac, 1427), et éventuellement Bernial (Berniac et Bergual, 1382, Breignac, 1397) renvoient peut-être à un ancien propriétaire de l’époque gallo-romaine ou des premiers siècles qui la suivaient.
La terminaison ‑ac provient du gaulois ‑ako(s), signifiant « lieu de » ou « propriété de », et a évoluée dans la langue gallo‑romaine en -acus/‑acum. Utilisés surtout après la conquête de la Gaule par les Romains, ces noms sont répandus dans toute la Gaule. Cette terminaison est généralement associée à des noms de personne romains, parfois à des noms germaniques (des Francs). Ils sont ainsi des témoins de l’appropriation privée du sol en Gaule à l‘époque romaine et encore après. Cette règle connaît des exceptions comme éventuellement Carnac (Morbihan) qui pourrait être issu du mot carn « amas de pierres ».
Ces noms en -acus/‑acum ont en partie évolué sous l’influence du roman, langue issue du latin et l’ancêtre du français. En Bretagne, on observe que cette évolution était différente de part et d’autre d’une ligne décrivant un S étiré partant de Roz-sur-Couesnon près de la baie du Mont-Saint-Michel et allant jusqu’à Donges à l’embouchure de la Loire.
Dans le Nord de la France et dans l’Est de la Bretagne, notamment à l’est de cette limite, ‑acum a évolué vers ‑é, -y ou -ay. Ainsi, Vitré (Ille-et-Vilaine) et Vitry-sur-Seine sont attestés avec la forme Vitriacum respectivement en 1073 et au IXe siècle, Vitray-en-Beauce était Vitriacus en 862. On peut spéculer, car aucune attestation n’existe, si le lieu bréalais Plapigné rentre dans ce cadre, dans la mesure où il ressemble au lieu Apigné (Apigniacum, 1218) au Rheu. En tout cas, les formes en ‑é deviennent nettement minoritaires à l’Ouest de la ligne en S, sur la rive droite du Meu et de la Vilaine pour disparaître complètement à quelques exceptions près à l’ouest d’une ligne de Dinan en passant par Messac à Saint-Nazaire. Les noms en ‑ac sont très fréquents de part et d’autre du Meu et de la Vilaine, mais se raréfient à l’ouest d’une ligne entre Saint-Brieuc et Vannes.
Cette évolution différente des noms en –acus/-acum a donné lieu deux théories successives.
En 1883, le linguiste et historien Joseph Loth pensait que le gaulois n’était plus parlé en Armorique quand les Bretons sont arrivés. L’influence de leur langue aurait donc arrêté l’évolution des noms en –acus/-acum si bien qu’ils ont conservé leur terminaison-ac. A l’opposé, les noms des lieux restés sous influence romane ont continué leur évolution vers -é,-y,-ay. D’après Joseph Loth, la ligne séparatrice entre ces deux types de noms correspondrait donc à la limite extrême de la colonisation de la péninsule armoricaine par les Bretons et de l’extension de la langue bretonne au IXe siècle.
En 1980, un autre historien et linguiste, Bernard Tanguy, a soumis cette théorie à une relecture critique. Il fait valoir d’abord, que le gaulois était encore parlé en Armorique au temps de la colonisation bretonne, notamment dans les zones rurales, plus ou moins distantes des grandes villes Rennes et Nantes et des grands axes de communication, routes et cours d’eau navigables, donc situées en marge des grands flux commerciaux. D’autre part, il précise que l’évolution des noms sous influence romane était déjà terminée au moment de l’arrivée des Bretons.
Il plaide alors pour une autre approche. Si les noms en -é,-y,-ay témoignent effectivement de la romanisation des régions où ces noms dominent, les noms de lieux en -ac sont caractéristiques d’une certaine vivacité de la langue gauloise. Cela n’empêche pas, cependant, que des Bretons, certes moins nombreux, étaient présents et que leur langue se maintint, comme dans la presqu’île guérandaise, jusqu’au XXe siècle, alors que les noms en -ac y sont nombreux.
3.2 Des Brittons à Bréal à partir du Ve/VIe siècle ?
Si les origines de la Bretagne restent encore aujourd’hui entourées d’énigmes, les historiens admettent actuellement une immigration de groupes de Bretons depuis la Grande-Bretagne étalée dans le temps entre le IVe et le VIIIe siècle, avec un apogée entre 450 et 550. A la fin du VIe siècle, Grégoire de Tours employait le nom latin Britannia pour une zone qui occupait la péninsule armoricaine depuis l’Ouest jusqu’à l’Oust et la Vilaine, alors que la frontière au nord-est était moins bien définie. D’après les Annales royales franques rédigées vers 800, les territoires occupés par les immigrants bretons correspondaient aux anciennes cités des Osismes et des Coriosolites. En conséquence, deux principautés furent fondées, l’une au sud-ouest, la Cornouaille, et l’autre la Domnonée, qui occupait la moitié nord entre le Léon, Dol et la confluence de l’Oust et de la Vilaine. Son nom tombait en désuétude au XIe siècle. La troisième, le Bro Waroc ou Broérec, correspondant au Vannetais, résultait d’un fait de conquête en 577.
Le territoire de Bréal était situé dans les confins sud-est de la Domnonée. Dans cette principauté, les migrants bretons s’installèrent entre les Ve et VIIe siècles surtout sur le littoral de la Manche devenant moins nombreux vers l’intérieur du pays. Ce fait s’observe par exemple grâce à la distribution des anciennes paroisses en Ploe-, très nombreuses dans une zone large de 50 km longeant la côte nord, alors que les « plous » les plus proches de Bréal, mais quand même distancées de plus d’une quinzaine de kilomètres, Plélan, Pleumeleuc et Pléchâtel sont assez isolés.
Cependant, la fondation du monastère de Gaël par saint Méen vers 570 puis de celui qui porta son nom témoignent aussi d’une implantation dans les terres des Bretons. Situé près d’une route reliant la Manche à l’Atlantique au sein même du domaine breton, cet établissement occupait une position stratégique au cœur du pays. L’établissement attirait non seulement des futurs moines, mais aussi des colonisateurs. En 816, l’évêque d’Alet Helocar dirigeait aussi l’abbaye de Saint-Méen. C’est peut-être à partir de Saint-Méen que s’exerçait l’autorité épiscopale avant le IXe siècle. Fait remarquable, trois évêques d’Alet portaient dans leurs titulatures la référence au Porhoët « pays d’outre forêt » (in pago Trocoet, in pago Transylvam,in Poutrocoët) la vaste zone qui entoure Saint-Méen au sud du diocèse. Cela signalait l’importance qu’ils attribuaient à cette zone. Le diocèse ayant été divisé administrativement en deux archidiaconés, Dinan et Porhoët, Saint-Méen comme Bréal appartenaient au second.
3.2.1 L’implantation bretonne
La limite communale de Bréal matérialisée au nord et à l’est par le Meu épouse effectivement la frontière orientale à la fois de la cité des Coriosolites au temps des Gallo-Romains. C’est dans cette zone que les Francs au début du VIe siècle autorisaient la colonisation bretonne. Ensuite, cette limite devient la frontière orientale de la principauté bretonne de la Domnonée jusqu’au IXe siècle ainsi que du diocèse de Saint-Malo jusqu’à la Révolution française. Les lieux voisins de Bréal, Talensac au nord et Goven au sud bordent cette frontière du même côté. En face, sur l’autre rive du Meu, la langue romane, plus tard gallèse et française, était dominante tout en rayonnant depuis Rennes vers l’ouest, notamment de part et d’autres des voies de communication, cours d’eau et routes.
Linguistiquement parlant, Bréal se situe donc dans une zone mixte, où une langue romane était présente à la fin de l’Empire romain, à côté du gaulois, proche du brittonique, futur breton, langue des nouveaux venus à partir du Ve siècle. Des chartes des XIe et XIIe siècles attestent aussi la présence d’un certain nombre de personnes au noms bretons, seigneurs locaux ou membres d’une colonie bretonne. A Acigné au début du XIe siècle on trouve un Hervé fils de Goranton. Au même moment, un seigneur à Mordelles s’appelait Heslouri et à Bruz habitaient un propriétaire Quirmaroc et son épouse Orven. Plus à l’est, à Bais, Visseiche et à Retiers des inscriptions sur des pierres tombales indiquent des noms féminins comme Beladore, Melita, et masculins comme Maonirn et Gennoveus.
Ainsi se pose la question si l’implantation des Bretons avait atteint la zone où se trouve Bréal aujourd’hui et était suffisamment forte pour que ces hommes et femmes pouvaient imposer des toponymes dans leur langue.
3.2.2 Le Hindré
Un lieu comme Le Hindré est probablement un toponyme « très ancien » selon Jean-Yves Le Moing, et pourrait « correspondre à l’installation des Bretons en Armorique, dans des villas gallo-romaines abandonnées ou en ruines » aux Ve et VIe siècles. Ce nom est formé avec le déterminé ‑tre/‑dre signifiant en vieux breton « exploitation agricole, lieu habité » équivalant le mot latin villa, et un deuxième composant, le déterminant hen « vieux, ancien » francisé en hin. Plusieurs occurrences de ce toponyme existent en Haute-Bretagne entre le pays de Saint-Malo au Nord et, de façon moins nombreux au Sud entre Caden (Morbihan) et Derval (Loire-Atlantique), donc de part et d’autre de la Vilaine, ainsi qu’au nord des Côtes d’Armor entre le Trieux (Pléhédel) et la Rance (Saint-Juvat). Il est quasi absent en Basse-Bretagne sauf à Laz (Finistère) avec le lieu-dit du Hindréo ou Hindréau.
3.2.3 Autres toponymes en Tré-
D’après Bernard Tanguy, la forme du breton ancien treb devient treff en moyen breton et treo ou tre en breton moderne. L’auteur observe également, que la densité des toponymes en tre est particulièrement dense dans les zones d’une forte présence des toponymes en -ac, donc en Haute-Bretagne. Pour cet auteur sa « fortune en cette partie de la Haute-Bretagne [est] liée à une expansion bretonne qui allait voir la conquête des pays de Rennes et de Nantes après celle du Vannetais », donc après le milieu du IXe siècle. Vers le XIe siècle le mot Tre‑ (Tref‑, Treb‑) prit parallèlement à sa signification civile, celle, religieuse, de « trève », désignant une subdivision paroissiale. En tout cas, les toponymes dotés de ce composant sont des marqueurs de l’avancée des Bretons vers l’est.
A Bréal, deux noms de lieux-dits, Treffieux et Trébermel correspondent à cette catégorie. Treffieux a comme double une commune en Loire-Atlantique. Les deux noms sont attestés au XVe siècle avec la forme Trefieuc, mais le nom n’a pas été élucidé, en dehors du fait qu’il s’agit d’une forme bretonne ou que sa forme se rapproche de celle de la commune de Treffendel, ancienne section de la paroisse de Plélan-le-Grand. Trébermel avec son homonyme Trévermel (Saint-Guyomard) pourrait être la « ferme d’Armel », le saint de ce nom étant vénéré un peu partout entre Ploërmel dans le Morbihan et Saint-Armel au sud de Rennes. Une parcelle à Bréal s’appelle Trémeleuc, nom qui existe aussi à Talensac, au Verger, dans le Morbihan à Quelneuc (Carentoir) et dans les Côtes-d’Armor à Plémet.
Par une autre approche, E. Vallerie (2004) considère les noms Cramoux et les Pouilloux, ainsi que Gravereux et Treffieux comme bretons. Leur terminaisons en ‑ou ou en ‑eu seraient la marque d’une origine bretonne de ces toponymes, mais dans une zone où les Brittons étaient plus clairsemés par rapport aux locuteurs romans et où le breton « fut étouffé » précocement, à savoir autour des Xe et XIe siècles.
Pour d’autres noms anciens, le sens et l’origine ne sont pas évidents. Le manoir de Cayer est attesté depuis le début du XVe siècle sous le nom de Cahier. Ce nom désignait éventuellement aussi le lieu-dit actuel Caigné à Goven en 1513. A Meillac le Rocher Caillé était noté Cahier en 1875. Un Cayer existe à Grainville-sur-Odon (Calvados), et les Cayers à Saint-Pardoux (Puy-de-Dôme). Roger Brunet explique les noms de Caix (Somme) et les deux Cayeux-sur-Mer et Cayeux–en-Santerre (Somme) par le terme gaulois cagio désignant une haie ou un remblai de terre. Un terme proche existe en vieux breton avec le mot cai, « retranchement, rempart » et avec le breton kae ou quaë « haie d’épines, talus de clôture ».
Pour le nom du lieu-dit Cahérot, aucune attestation permet d’élucider le sens. Des noms similaires existent cependant dans l’Ouest de la France avec Caéro en Leuhan (Finistère), Caheran en Guillac (Morbihan) et dans la Loire-Atlantique avec les Cahéraux (La Chapelle-sur-Erdre) et Cahérault (Saint-Julien-des-Concelles). Le mot breton caer désignait primitivement une « place fortifiée », mais le sens à évolué vers « domaine agricole avec habitation ». En Basse-Bretagne, son dérivé Ker‑ est un élément de nombreux toponymes. En Haute-Bretagne il continuait à être utilisé comme Car‑ après la disparition du breton, par exemple dans Cardroc peut-être dérivé de Caer + Deroc, connu comme prince de la Domnonée au VIe siècle. Un autre piste serait le nom de famille breton Caërou, diminutif de kaër « beau ». On remarquera cependant que le ‑h‑ n’est présentni dans Cardroc et dans Caërou, ni dans le finistérien Caéro, contrairement aux autres toponymes situés en Haute-Bretagne.
D’après Henri Quilgars, un toponyme comme Pont-Breton au nord-ouest de Bréal signalerait la présence successive ou simultanée de locuteurs bretonnants et gallésants. Ce toponyme existe aussi plus à l’ouest, à Plélan-le-Grand, mais aussi à l’est de Caen, à Livarot… Le nom Pont-Breton a peut-être inspiré ses voisins en dénommant leur propriété La Planche aux Bretons, attesté à la fin du XIXe siècle.
4 La naissance de Bréal : deux hypothèses
4.1 Bréal issu d’un démembrement de la « paroisse primitive » de Goven ?
Aucune description contemporaine n’est connue qui évoquerait la naissance de la paroisse de Bréal. En s’appuyant sur des travaux de l’historien René Largillière en 1925 et de l’historien de l’art René Couffon de 1945 à 1951 pour une partie de la Basse-Bretagne, le linguiste et spécialiste des toponymes de Bretagne, Erwann Vallerie propose en 1986 quelques pistes et hypothèses sur la formation des paroisses primitives dans les diocèses d’Alet (Saint-Malo) et de Dol entre le VIe et VIIe siècle dans le contexte de la christianisation de la Bretagne armoricaine par les Bretons immigrés et, dans sa partie orientale, par l’Église franque. Il part de l’idée que les limites communales après la Révolution française sont globalement restées identiques aux contours des paroisses de l’Ancien Régime. Ayant recours à la toponymie, la topographie ainsi qu’aux sources de l’époque existantes, il tient pour possible de retrouver le maillage paroissial primitif.
Pour cela, il suppose quelques principes, dont celui selon lequel les paroisses primitives étaient très vastes car peu peuplées. Puis, à la suite de l’augmentation démographique elles donnaient naissance à de nouvelles paroisses entre le VIe et XIIe siècle. Ce processus est appelé démembrement. D’autre part, il suppose que les paroisses primitives formaient des entités homogènes aux contours simples, généralement déterminées par des obstacles naturels tels les rivières, les vallées et les forêts.
En ce qui concerne Bréal, son territoire faisait ainsi partie, à l’origine, de la paroisse primitive de Goven, dont le territoire englobait également celui de Saint-Thurial, de Baulon et éventuellement celui de Guichen.
Baulon (Beingloen, 843) aurait été démembré assez tôt de cette ensemble. Saint-Thurial aurait suivi, bien avant Bréal. Les premières attestations pour leurs églises datent de 1181 et 1202 (ecclesia) pour Saint-Thurial, 1152 (ecclesia), 1157 et 1164 (parochia) pour Bréal. En 869, un acte de donation témoigne du lien de Baulon avec l’évêque de Dol. Turiau qui a donné son nom à Saint-Thurial serait né selon des textes hagiographiques dans le pagus Vallon, rapproché à Baulon par une historienne. Erwann Vallerie justifie l’hypothèse du démembrement tardif de Bréal avec sa situation enclavée. Son territoire est délimité par le Meu au nord et est matérialisant à cet endroit la limite du diocèse, au sud et est par Goven, dont le territoire en forme d’U l’entoure partiellement, et par Saint-Thurial à l’ouest.
L’ancienneté de Goven, une « très-ancienne paroisse », est prouvée pour Amedée Guillotin de Corson par l’existence d’une ancienne villa romaine au nom de Paimpont (Paneponti,Panpo) attestée en 1085 et limitrophe de Bréal. En 1101 l’abbaye Saint-Sauveur de Redon acquit l’église de Goven. D’après Joseph Loth (1907), la présence de ce lieu, Paimpont, ainsi qu’une parcelle nommé La Combe, Coum en breton, sont des indices renforçant son hypothèse que le nom de Goven est « gallo-romain à évolution romane », puis française, alors que le nom de Bréal, selon lui, est d’origine romane et a évolué dans cette langue, puis en français.

4.2 Bréal, territoire d’une paroisse
L’historienne Anne Lunven remet en question cette approche d’Erwann Vallerie, notamment l’hypothèse selon laquelle les Bretons après leur arrivée auraient créé de toutes pièces de nouvelles entités territoriales et religieuses, appelées paroisses primitives souvent identifiées par un nom en Ploe- (Ploërmel, Plélan, Plougrescant etc.). Au contraire, l’occupation et l’organisation administrative n’ont pas connu une reconfiguration majeure après la chute de l’Empire romain. Les champs n’ont pas été abandonnés à grande échelle, la brousse et les forêts n’ont pas reconquis les sols, et il est probable que les anciens cadres administratifs perduraient, mais se modifiaient avec l’évolution de la société.
La plus petite entité de ces cadres avant le Xe siècle était souvent la plebs dirigé par un chef local, le machtiern. Ce territoire dont les contours étaient souvent mal définies correspondaient à un ensemble de biens et d’objets, dont l’église. En ce qui concerne Bréal, on peut revenir sur le cas de la Forêt, cité au début de cet article qui était en 1030 in Mauricellie parrochia, et appartient aujourd’hui à Bréal. Au même moment, le duc Alain III (1008-1040) donna l’ensemble de la paroisse, à l’exception de La Forêt et d’une autre propriété aujourd’hui en Chavagne à un certain Alfred, à l’origine d’une famille qui allait se nommer Morzella (Mordelles). Les limites entre les deux paroisses prirent peut-être forme à ce moment-là. En 1677 et probablement jusqu’à la Révolution, les métayers de la Haute-Forêt devaient encore une dîme de 20 sous par an au prieur de la chapelle Notre-Dame de Mordelles, à l’entrée du bourg près du Pressoir, détruite à la fin du XIXe siècle.
Peu à peu à partir du XIe siècle le terme de plebs était remplacé par parochia « paroisse » dans la documentation. Ce terme, parochia, avait plusieurs sens au Moyen Âge. Il pouvait être synonyme de diocèse, pouvait désigner une église fondée par un évêque ou une communauté de chrétiens, avant de devenir une notion territoriale. Afin de faire progresser la christianisation des zones rurales, l’Église avait installé des collèges de cléricaux sous l’autorité d’un prêtre dans les plebs, souvent dans leurs chef-lieux, les vici « bourg ». Ces clercs firent venir les fidèles des alentours vers un lieu de culte, l’église, qui devint par se fait le pôle d’attraction de cette communauté de croyants, désignée par le, terme parochia. A la même époque, la dîme, l’impôt religieux, devait être payée là, où a été reçu le baptême. Ainsi, progressivement, c’est la zone habitée par les paroissiens rattachés à une église qui devint le nouveau cadre territoriale. La parochia ne définissait plus seulement une communauté, mais aussi le territoire qu’elle habitait. L’établissement d’une église, suppose cependant la présence préalable d’habitats plus ou moins nombreux à proximité. Dans ce sens, le bourg a pu exister avant la construction de l’église.
Pour Bréal le moment de l’établissement du bourg est inconnu. Son église apparaît comme ecclesiam de Bréal en 1152 dans un acte quand l’évêque de Saint-Malo, Jean de Châtillon, plus tard de la Grille, en fit don au chapitre régulier de la cathédrale. En 1164 le statut d’une paroisse bréalaise est acté, parrochia in Breal.
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